Edito
Horizons croisés
La cinquième édition du Festival Sonomundo se tiendra du jeudi 26 au samedi 28 novembre 2026 à la Bibliothèque musicale La Grange-Fleuret, à Paris.
À une époque où les voix et les mémoires semblent parfois davantage se heurter que s’écouter, la musique demeure un espace où les rapprochements redeviennent possibles. C’est de cette conviction qu’est né Horizons croisés : un parcours en trois étapes – Vers le Sud, Vers le Levant et Vers l’Est – qui fait circuler les œuvres entre les époques, les cultures et les imaginaires.
Chaque soirée réunit patrimoine, création et culture vivante autour d’une formation instrumentale singulière. Héritages brésiliens et andins, mémoires du Levant et de la Perse, voix contemporaines de Pologne et d’Europe de l’Est : ces horizons ne sont pas juxtaposés, mais mis en relation. Les créations mondiales commandées pour cette édition en sont le cœur battant, portées par des interprètes engagés et prolongées par des temps de rencontre avec le public..
Vers le Sud
Jeudi 26 novembre
La première soirée dessinera une géographie du métissage, entre Brésil, Finlande et Pérou. Les œuvres de Heitor Villa-Lobos en constitueront les points d’ancrage : elles feront dialoguer traditions populaires brésiliennes, héritages européens et évocations de la nature, dans une écriture où l’identité se construit par le mouvement et la rencontre.
Avec Adjö et Changing Light de Kaija Saariaho, le voyage deviendra intérieur. La flûte, la voix et la guitare exploreront les seuils, les timbres et les passages entre ombre et lumière. Cette attention à la matière sonore ouvrira la voie aux deux créations péruviennes de la soirée.
Dans Je vis, je meurs…, Claudia Sofía Álvarez s’inspire de Louise Labé pour sonder la dualité des sentiments humains. Sortilegios de Theo Tupayachi puise dans la langue quechua et les sonorités de la nature pour recréer les atmosphères mythiques du monde andin.
Porté par la soprano Maya Villanueva, le flûtiste Samuel Casale et le guitariste Omar Nicho, Vers le Sud affirme ainsi le métissage non comme une citation folklorique, mais comme une force de transformation et d’invention.
Vers le Levant
Vendredi 27 novembre
La deuxième soirée empruntera les chemins du Levant, de l’Arménie et de la Perse, au fil de traditions musicales qui se sont croisées, transmises et réinventées de part et d’autre de ces territoires. Autour d’une formation rare, violon, violoncelle et santour, le programme fera dialoguer musique traditionnelle et écritures contemporaines.
Une création de Layale Chaker, intitulée Litanies d’ambre ouvrira ce voyage. Elle sera suivie de Krounk (« La Grue ») de Komitas, chant arménien devenu emblématique, dont la figure de l’oiseau migrateur exprime à la fois l’attachement à la terre natale, l’éloignement et la mémoire. Une pièce de tradition iranienne pour santour conduira ensuite vers les sonorités et les modes de la Perse.
Les œuvres de Batya Frenklakh et d’Othman Louati, Couples et Duets, prolongeront ce parcours dans l’espace intime du duo violon et violoncelle. Enfin, Cavâ-yeh-Kavir de Sina Fallahzadeh réunira les trois instruments dans une évocation du Kavir, le désert iranien, où se rejoignent lignes mélodiques, vibrations du santour et paysages sonores plus ouverts.
Interprété par Lucie Leker, Marie Ythier et Farnaz Modarresifar, Vers le Levant fait de la musique un passage entre mémoire collective et invention, Orient et Occident, transmission et métamorphose.
Vers l’Est
Samedi 28 novembre
La troisième soirée proposera un voyage musical vers l’Est de l’Europe, qui nous mènera notamment de la Pologne à la Roumanie, en passant par la Hongrie. Elle mettra en regard des héritages populaires, des œuvres majeures du XXᵉ siècle et plusieurs écritures contemporaines, réunies par une même attention au timbre, à l’énergie et à la liberté des formes.
Le programme s’ouvrira avec une page des Impressions d’enfance de George Enescu, avant de conduire au premier mouvement du Duo, op. 7 de Zoltán Kodály, œuvre d’une intense expressivité nourrie par les traditions musicales d’Europe centrale. Les Six danses populaires roumaines de Béla Bartók prolongeront ce parcours, faisant entendre la vitalité rythmique et les couleurs d’un matériau populaire transfiguré par son écriture.
La création polonaise contemporaine y trouvera une place privilégiée avec SOLissimo de Magdalena Gorwa, pour violoncelle, et Charaktīras de Martyna Kosecka, pour accordéon. Ces deux compositrices développent des univers contrastés et exigeants, où l’instrument devient un véritable terrain d’exploration sonore.
En miroir, Traversée de Florent Caron et une nouvelle œuvre d’Élisabeth Angot, commandée pour violon, violoncelle et accordéon, feront dialoguer ces paysages d’Europe centrale avec la création française. Heart, Will, Knowledge de Vlad R. Baciu viendra compléter ce programme en réunissant les trois interprètes dans un même geste collectif.
Avec Vers l’Est, Lucie Leker au violon, Marie Ythier au violoncelle et Jonas Vozbutas à l’accordéon feront entendre une Europe musicale plurielle, où les mémoires nationales et les traditions populaires demeurent une source vive pour la création d’aujourd’hui.
